Vous avez investi dans une captation vidéo de qualité, le rendu est superbe, vous êtes prêt à envoyer votre teaser aux programmatrices et programmateurs… et là, on vous parle de droits musicaux. « Vous avez l'autorisation de la SACEM ? » C'est la question qui peut tout bloquer si elle n'a pas été anticipée.
En tant que vidéaste spécialisé dans le spectacle vivant, je vois régulièrement des compagnies découvrir cette problématique après le tournage. Pourtant, quelques réflexes simples en amont suffisent à éviter les blocages. Voici ce que j'ai appris sur le terrain.
Quand on filme un spectacle, on fixe sur un support des œuvres protégées par le droit d'auteur. Cela concerne le texte (auteur dramatique), la mise en scène (metteur en scène), la musique (compositeur, parolier) et la chorégraphie (chorégraphe). Chacun de ces créateurs détient des droits sur son œuvre, et la captation vidéo constitue une reproduction qui nécessite leur accord.
À côté du droit d'auteur, il existe les droits voisins : ceux des artistes-interprètes (comédiens, danseurs, musiciens sur scène) et, le cas échéant, du producteur de phonogrammes si vous utilisez une bande-son enregistrée. En pratique, pour une compagnie qui filme son propre spectacle, les interprètes sont souvent les membres de la troupe — mais leur autorisation écrite reste indispensable.
La SACEM gère les droits des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique. Si votre spectacle utilise des musiques du répertoire SACEM — c'est-à-dire la quasi-totalité des œuvres musicales publiées —, vous devez obtenir une autorisation pour les fixer dans une vidéo. Cela vaut même si la musique n'est qu'un fond sonore de 30 secondes dans votre teaser.
Concrètement, la démarche dépend de l'usage de la vidéo. Pour une diffusion en ligne (YouTube, Vimeo, réseaux sociaux), la SACEM a des accords avec les plateformes qui couvrent une partie des utilisations. Mais pour un teaser intégré à votre site web, envoyé par lien privé aux programmateurs ou projeté en public, une déclaration spécifique est souvent nécessaire. Le tarif dépend du nombre d'œuvres, de la durée et du mode de diffusion — comptez quelques dizaines à quelques centaines d'euros pour un usage promotionnel classique.
Certaines compagnies font composer une musique originale pour leur spectacle. C'est un avantage considérable pour la captation : si le compositeur vous cède les droits de reproduction audiovisuelle (ce qui se négocie dans le contrat de commande), vous n'avez aucune démarche SACEM à faire pour la vidéo. Je recommande systématiquement d'aborder ce point avec votre compositeur avant le tournage.
Autre option : les musiques libres de droits ou sous licence Creative Commons. Attention cependant, « libre de droits » ne signifie pas « sans conditions ». Lisez toujours la licence : certaines interdisent l'usage commercial, d'autres exigent une attribution. Et si votre teaser mêle musique libre et musique SACEM (par exemple un extrait du spectacle), c'est l'ensemble qui doit être déclaré.
Voici la check-list que je partage avec les compagnies qui me sollicitent pour une captation :
Premièrement, l'autorisation des auteurs du spectacle (texte, mise en scène, chorégraphie). Si ces droits sont gérés par la SACD (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques), c'est auprès d'elle qu'il faut faire la demande de captation. Deuxièmement, l'autorisation des interprètes, via un formulaire de cession de droit à l'image et de droits voisins. Troisièmement, la déclaration SACEM si des musiques de leur répertoire sont présentes. Quatrièmement, si vous utilisez une bande-son enregistrée du commerce, les droits auprès du producteur phonographique (souvent via la SPPF ou la SCPP).
Est-ce que le vidéaste s'occupe de tout ça ? Non. Mon rôle est de vous alerter sur ces points et de vous fournir une vidéo techniquement irréprochable. La gestion des droits incombe à la compagnie productrice du spectacle — c'est vous qui décidez de l'exploitation de la vidéo.
Dans la réalité, beaucoup de compagnies diffusent leurs teasers sans avoir fait ces démarches. Les contrôles sont rares pour les petites structures. Mais le risque existe : retrait de la vidéo par la plateforme (YouTube est particulièrement réactif via Content ID), demande de régularisation financière par la SACEM, voire action en contrefaçon dans les cas extrêmes. Plus gênant au quotidien : un programmateur qui vous demande si vos droits sont en règle et à qui vous ne pouvez pas répondre. Cela entame la crédibilité professionnelle de votre dossier de diffusion.
La question des droits n'est pas un obstacle, c'est un signal de professionnalisme. Une compagnie qui maîtrise ses droits musicaux et peut le démontrer dans son dossier de diffusion envoie un message clair aux programmateurs : « on sait ce qu'on fait. » Je conseille de traiter ce sujet en même temps que le devis de captation, pas après. Cinq emails en amont valent mieux qu'un blocage en aval.
Vous préparez une captation ou un teaser et vous avez des questions sur les droits musicaux ? Contactez-moi, je peux vous orienter et nous en discuterons lors du cadrage de votre projet.